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Avicenne, le passeur de savoirs

Lundi 04 Mai 2026
Précieux témoignage de l’art de guérir au Moyen Âge, un rare manuscrit latin évoque la figure de son célèbre auteur, à l’origine d’une synthèse entre sciences antiques et islamiques.

C’est à Montpellier, cité savante où fut fondée en 1220 la doyenne des facultés de médecine d’Europe, que va réapparaître en salle des ventes un ouvrage de la plus haute importance pour cette science primordiale : le Canon medicinae d’Avicenne. Issu de la collection d’un grand bibliophile de la région, ce manuscrit sur peau de vélin de 118 folios, consigne le texte rédigé vers 1010-1020 par le fameux philosophe et thérapeute persan. Une somme qui est considérée comme la clef de voûte de la médecine de son temps, à la fois aristotélicienne et musulmane, puisque mariant les principes des savants de l’Antiquité à ceux du monde islamique. Elle reprend ici la meilleure traduction de l’arabe au latin alors disponible. Celle-ci est due à Gérard de Crémone (1114-1187), un Italien œuvrant à Tolède, au plus près des manuscrits laissés par les anciens maîtres de la ville reconquise un siècle auparavant.

Véritable outil scientifique destiné aux praticiens et aux étudiants, notre ouvrage s’enrichit d’élégantes lettrines enluminées en bleu et rouge sur fond filigrané, d’initiales rehaussées dans les mêmes tons, ainsi que de nombreuses petites mains (ou manicules) tracées dans les marges afin d’indiquer au lecteur les passages importants. Seule distraction autorisée à ses studieux utilisateurs : la présence de trois dessins à la plume de créatures fantastiques qui s’apparentent à des chimères et agrémentent la fin des premiers cahiers.

Un auteur prolifique


Mais dans quel atelier européen notre Canon a-t-il pu être recopié ? Analysant ses éléments décoratifs caractéristiques, l’expert Nicolas Asvisio estime que « son origine devrait se situer du côté de l’Espagne du Nord ou de la France méridionale, et son époque d’exécution, entre la fin du XIIIe siècle ou le début du XIVe ». Dans cette aire géographique ponctuée de grandes villes universitaires – telle Montpellier – plusieurs exemplaires circulent alors entre les mains des médecins juifs, chrétiens et musulmans qui adoptent les préceptes d’Ibn Sina, plus célèbre en Occident sous son nom latinisé d’Avicenne. Ce dernier, né en 980 près de Boukhara, a été l’un des plus importants diffuseurs des grands textes antiques, ce qui lui a valu le surnom de « Prince des savants ». Traduisant du grec (et parfois du syriaque) en arabe les œuvres d’Hippocrate, Galien, Dioscoride et bien sûr Aristote – conservées dans les communautés chrétiennes d’Orient –, il s’en inspire aussi pour écrire une œuvre monumentale, principalement scientifique, qui compterait plus de 300 titres.
S’y mêleront également, aux enseignements tirés de son expérience personnelle, les travaux de savants arabes plus anciens, tel le grand Rhazès. Fruit de cette impressionnante synthèse, son Canon encyclopédique est divisé en cinq livres évoquant non seulement les principes de l’anatomie du corps humain et les symptomatologies enregistrées pour chaque maladie, mais aussi la pharmacopée pour les soigner. Une bible donc, que tous les médecins du Moyen Âge se devaient d’avoir lu !


Avicenne (980-1037), Canon medicinae, manuscrit fin XIIIe -début XIVe siècle, atelier du nord de l’Espagne ou sud de la France, en latin sur peau de vélin, lettrines et initiales rehaussées en bleu ou rouge, reliure moderne demi-vélin à coins.
Estimation : 20 000/30 000 €

Dimanche 31 mai, Castelnau-le-Lez. Farran Enchères OVV. M. Asvisio.

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