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Foujita, sous le soleil de Mexico

Jeudi 14 Mai 2026

Foujita, sous le soleil de Mexico

En 1931, l’artiste de Montparnasse découvre une Amérique latine dont les scènes authentiques vont totalement renouveler son inspiration, telle cette vision d’enfance saisie à Taxco.

Attention, pépite en vue ! À Montpellier, une composition signée par Foujita sera bientôt au centre de toutes les attentions : une grande aquarelle – presque un mètre de hauteur – réalisée au début des années 1930, lors de son long périple en Amérique du Sud. Les modèles de cette scène de la vie quotidienne, sont Deux enfants au Mexique, fixés à l’aquarelle, gouache et encre de Chine sur papier, à Taxco, ville à l’atmosphère coloniale, proche de Mexico, comme l’indique une inscription en bas de l’œu- vre qui la date de 1933. Mais sous le pinceau délicat de l’artiste, ces petits Mexicains allant pieds nus prennent des allures de figures de la Renaissance italienne... La feuille s’inscrit dans un ensemble exceptionnel, inédit sur le marché de l’art, où l’on découvrira deux autres œuvres sur papier : la première s’intitule Mère et enfant au Mexique (36,5 x 30,5 cm) et la seconde Homme au chapeau au Mexique (35,1 x 31 cm). Faisant appel à la même technique – aquarelle, gouache et encre de Chine – et présentant une inscription identique « Mexico, 1933 », ces deux portraits sensibles sont respectivement estimés 15 000/20 000 € et 8 000/12 000 €. Ces trois œuvres proviennent par descendance de la collection de Gratien Guichard (1886-1958) : ce Français fut l’un des natifs de Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence) à s’être exilés dans la république d’Amérique centrale, avant de rentrer millionnaires dans leur patrie montagnarde. Guichard, lui, a fondé la plus importante banque du pays, la Banco Nacional de Mexico, avant d’en devenir le président et actionnaire majoritaire. Grand amateur d’art moderne, le banquier acquerra les Deux enfants auprès de l’artiste, durant le séjour de ce dernier dans la capitale mexicaine.

Séduire les collectionneurs

Fin décembre 1931, alors que sa seconde épouse, Youki, entretient une relation amoureuse avec Robert Desnos, Foujita décide de quitter Paris avec sa nouvelle muse, Madeleine Lequeux, plus connue sous son nom de chanteuse et danseuse de music-hall, Mady Dormans. Le couple flamboyant entreprend alors un voyage de deux ans en Amérique latine qui les conduira notamment du Brésil au Pérou, et clos par un long séjour au Mexique. Là, tout en arpentant rues et marchés à la recherche de sujets authentiques, Foujita endosse aussi son
costume de mondain et fréquente l’intelligentsia francophone. Parmi ces contacts fructueux, il faut évoquer la rencontre décisive avec Louis Eychenne (1894-1973), un homme d’affaires originaire de Digne, et installé à Mexico depuis 1915. Passionné de peinture, l’esthète a constitué une impressionnante collection où des toiles classiques, européennes et mexicaines, se mêlent aux œuvres de la modernité, signées Rouault ou Modigliani. Eychenne organisera même deux expositions pour Foujita, lui achetant, entre autres, une aquarelle ayant aussi pour sujet Deux enfants mexicains. Le 17 avril, ce double portrait (dont les jeunes modèles ressemblent fortement aux nôtres, tout en adoptant une pose différente) devait être adjugé 102 400 € chez Sotheby’s à Paris.
Quant à l’aquarelle acquise par son compatriote Guichard à la même période, il faut savoir qu’il en existe une version préparatoire (ancienne collection F. Sherman), aujourd’hui exposée au musée d’Art de Meguro à Tokyo, institution qui consacre une bonne partie de ses cimaises à l’œuvre du plus parisien des Japonais... Précisons enfin que les petits Mexicains bientôt présentés à Montpellier bénéficient d’un certificat d’authenticité délivré par Sylvie et Dominique Buisson, en date du 22 mars dernier.






Dimanche 31 mai, Castelnau-le-Lez. Farran Enchères OVV.

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