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"Ce qui est rare, c'est cher, ce qui est très rare, ça n'a pas de prix" : à Castelnau, des objets d'exception mis aux enchères

Vendredi 29 Mai 2026
Deux œuvres inédites de Paul Jouve estimées jusqu'à 100 000 €, une rarissime bouteille de Château Yquem 1811 évaluée entre 60 000 et 80 000€, une monumentale création d'Arman, des œuvres de Fujita, Soulages ou Combas… À l'occasion des Journées Marteau, la Maison Farran Enchères présente ce dimanche au Kiasma de Castelnau-le-Lez sa vente phare de l'année, avec 200 lots exceptionnels.


Le commissaire-priseur Jacques Farran et son associée, maître Julie Le Brun, entourés d'oeuvres de Di Rosa, Lurçat, Soulages et Paul Jouve (au fond) ©Maison Farran

À Castelnau-le-Lez, le Kiasma accueille ce week-end l'un des rendez-vous les plus attendus des amateurs d'art, de patrimoine et de curiosités. Dans le cadre des Journées Marteau, organisées partout en France par le Syndicat national des maisons de ventes volontaires (Symev), la Maison Farran Enchères propose sa grande vente annuelle baptisée "Les Phares", ce dimanche 31 mai à partir de 14h.

Pour cette 20e édition des Journées Marteau, consacrée au thème de la couleur rouge, les maisons de ventes participantes ouvrent leurs portes afin de faire découvrir leur univers au grand public à travers des expertises gratuites, des conférences et des expositions. À Montpellier, la Maison Farran a choisi de mettre à l'honneur les pièces les plus remarquables qui lui ont été confiées au cours de l'année. "On voit notre métier comme une chasse aux trésors. Toutes les plus belles pièces qui nous ont été confiées pendant l'année, on les met dans cette vente qui s'appelle "Les Phares", en hommage à un poème de Charles Baudelaire qui parle d'un musée imaginaire", explique le commissaire-priseur Jacques Farran.

Près de 200 œuvres et objets d'exception réunis au Kiasma


Au total, 199 lots seront proposés aux enchères. Le public peut les découvrir lors des expositions organisées vendredi 29 et samedi 30 mai, de 10h à 18h, puis dimanche matin avant la vente. La sélection rassemble des œuvres de Léonard Tsuguharu Fujita, Bernard Buffet, Robert Combas, Hervé Di Rosa, Pierre Soulages ou encore Vincent Bioulès, mais aussi des pièces beaucoup plus anciennes. "Ça va de 500 ans avant Jésus-Christ jusqu'à aujourd'hui. C'est une sélection de ce qu'on a trouvé de plus beau", résume le commissaire-priseur.

Parmi les lots les plus spectaculaires figure notamment La Grande Nuit d'Arman, une œuvre monumentale de quatre mètres sur trois. "C'est pour ça que ça vaut le coup de venir la voir, parce que c'est vraiment une œuvre muséale", souligne-t-il. Une tête gréco-bouddhique du Pakistan datant du IIIe siècle ainsi que plusieurs ouvrages de la Renaissance complètent cet ensemble particulièrement éclectique.

Deux œuvres inédites de Paul Jouve au cœur de la vente


Les regards devraient toutefois se tourner vers deux œuvres inédites de Paul Jouve, conservées pendant près d'un siècle dans la famille de Paul Noir, ami proche de l'artiste. Le monumental tableau Tahoua Niger et le bronze Jeune panthère sont chacun estimés entre 60 000 et 100 000 euros. Réalisées après la traversée du Sahara occidental effectuée par l'artiste en 1931, ces œuvres illustrent les deux grandes passions de celui qui demeure l'une des figures majeures de l'Art déco : les peuples sahariens, notamment les Touaregs, et les félins, dont sa célèbre panthère Toumba.

Le bronze présenté au Kiasma constitue une pièce particulièrement rare. "C'est un des chefs-d'œuvre de l'Art déco. Cette sculpture a été tirée seulement à trois exemplaires. Il y en a une au musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt, une autre a été vendue à New York il y a une cinquantaine d'années, et celle-ci. C'est une chance unique d'acquérir une sculpture grandeur nature de la panthère qu'avait adoptée Paul Jouve", détaille le commissaire-priseur.

Cette mise en vente intervient dans un contexte particulièrement favorable à l'artiste, dont les œuvres connaissent une forte progression sur le marché de l'art. Un record mondial a d'ailleurs été enregistré en mars dernier chez Sotheby's Paris.

Un Château Yquem 1811 parmi les plus rares au monde


Autre pièce exceptionnelle de cette vente : une bouteille de Château Yquem 1811, estimée entre 60 000 et 80 000 euros. En raison des fortes chaleurs, elle ne sera pas physiquement exposée au Kiasma mais proposée "sur désignation", afin de préserver ses conditions de conservation optimales. Considéré comme l'un des plus grands millésimes de l'histoire viticole, ce vin est surnommé le "vin de la comète". "C'était des conditions météorologiques tout à fait favorables et c'est aussi l'année où une comète est passée dans le ciel. Les viticulteurs y ont vu quelque chose d'extrêmement bénéfique", rappelle le commissaire-priseur.

La bouteille bénéficie d'une réputation mondiale. Homologuée en 2007 par le Guinness World Records comme la bouteille de vin blanc la plus chère du monde, elle fait partie des très rares exemplaires encore existants. "Il en reste à peu près une dizaine dans le monde. Ce qui est rare, c'est cher, mais ce qui est très rare, ça n'a pas de prix", observe-t-il.

Un marché de plus en plus international


Si les enchères continuent d'attirer collectionneurs et amateurs dans les salles de vente, le marché s'est largement transformé avec l'essor des plateformes numériques. "Aujourd'hui, sur les gros jours, on est à 25 000 personnes par jour qui se connectent sur notre événement. Dans la salle, ce sera maximum 100 à 150 personnes. Le gros de la clientèle se trouve sur internet et probablement à l'étranger", explique le commissaire-priseur.

Les enchères pourront être suivies en direct sur Drouot et Interenchères, ce qui permettra à des acheteurs du monde entier de participer. Le public présent sur place reste néanmoins varié. Curieux venus découvrir les coulisses des ventes aux enchères, collectionneurs régionaux ou amateurs spécialisés s'y côtoient. Certains n'hésitent pas à parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour admirer une œuvre précise. "On a aussi des gens qui vont faire huit heures de route pour venir voir un tableau", poursuit Jacques Farran.

"Des trésors de famille" révélés par les enchères


Derrière ces ventes se cache un travail d'expertise mené tout au long de l'année. La Maison Farran, qui se consacre exclusivement aux ventes volontaires, reçoit régulièrement des particuliers venus faire estimer des objets hérités ou conservés dans leur famille. "Tous les mercredis, place de la Comédie à Montpellier, on reçoit des particuliers qui nous amènent des trésors de famille. Parfois ce sont des trésors, parfois non, mais il y en a suffisamment pour pouvoir organiser une vente comme celle-ci", explique le commissaire-priseur.

Les objets confiés proviennent aussi bien de l'Hérault que de l'autre bout du monde. La bouteille de Château Yquem provenait ainsi de Bali, tandis que plusieurs œuvres de Fujita ont été confiées depuis le Mexique. Une diversité qui illustre l'évolution d'un métier où patrimoine local et marché international se rencontrent désormais quotidiennement.

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